Chose promise chose due. Voici un petit compte rendu de ce qui s'est raconté lundi après-midi lors du colloque consacré au projet de tramway / crémaillère, ou de tramway tout court, à moins que
ce ne soit que de crémaillère, on ne sait plus très bien.
Un colloque au demeurant assez intéressant sur le fond, mais qui à l'évidence a fortement déçu une bonne partie de la petite assistance, qui s'attendait sans doute a des choses plus
concrètes, et qui est notamment restée sur sa faim pour ce qui concerne le détail du parcours. Car si on sait que le projet prévoit par exemple une liaison entre le port et le péage autoroutier
Aix sud en passant par la gare, on n'en sait pas plus sur les détails de ce trajet.
Une assistance un peu clairsemée : une centaine de personnes tout au plus, avec une moyenne d'âge nettement au-dessus de la soixantaine. Il est vrai que le jour et l'horaire choisi pour ce
colloque ne laissait guère le loisir aux travailleurs d'y assister.
La première impression en découvrant les intervenants présents sur scène, c'est que ce projet semble être une affaire de technocrates. Car, à l'exception d'Alain Morin (association RATC), tout ce
petit monde a sorti son costume du dimanche, avec cravate de rigueur.
Des absents de marque, ça se remarque
La seconde impression, bien réelle d'ailleurs, c'est un fauteuil vide qui nous la livre. Un fauteuil
initialement prévu pour Dominique Dord, dont une intervention figurait au menu des réjouissances, mais qui a brillé par son absence. Absence sur laquelle nous n'avons même pas eu le droit à un
petit mot d'explication. Et ne parlons pas d'excuses.
Sans doute le premier effet concret et visible de la triple fonction que l'intéressé s'est efforcé de conquérir. Et à l'évidence, député, maire et président de la communauté d'agglomération, ça
fait un peu beaucoup pour l'agenda d'un seul homme. Mais qui donc pouvait en douter ?
Surtout qu'en lieu et place de triple fonction, il serait plus exact de parler de multi fonction : député, maire, président de la CALB, vice président du CA des Thermes, président du CA de
l'hôpital, président du CA de la SAEMCARRA, président de Rhône Alpes Thermal ... etc.
Un voisin de salle à l'esprit chagrin mais néanmoins acéré me fit cependant remarquer, avec un certain bon sens, que du temps, le sieur Dord avait su en trouver pour aller s'adonner à son sport
favori, à savoir le serrage de louche, pratiqué pour l'occasion sur les différents lieux des expositions organisées en parallèle de ce colloque.
La vie est une question de priorités. Mais je crois vous l'avoir déjà dit.
L'autre explication possible à l'absence de Dominique Dord, c'est qu'il a peut-être eu vent des velléités revendicatrices d'opposants au projet de loi relatif aux OGM, projet pour lequel D.Dord
s'est abstenu lors du vote du 9 avril à l'assemblée nationale. En ne faisant pas acte de présence, il s'est ainsi évité quelques questions peut-être dérangeantes, et surtout un évènement visuel
pas très porteur pour lui, qu'aurait été l'étalage en plein colloque d'une banderole anti-OGM. Pas venu, pas vu, pas pris. La banderole est restée dans le sac et les militants en ont été pour
leurs frais.
L'autre grande absente de ce colloque est une absente de taille et de poids, puisqu'il ne s'agit ni plus ni moins que de l'agglomération chambérienne dans son ensemble. Pourtant, et les
intervenants présents n'ont eu cesse de le répéter tout au long de leurs interventions, ce projet de tramway n'a de sens que s'il est pensé et soutenu à l'échelle inter-agglomération.
Nul besoin d'être un spécialiste de la question pour tomber d'accord avec ce constat qu'un enfant de quatre ans ferait de lui-même après deux secondes et trois dixièmes de réflexion.
Effectivement, un projet de tramway reliant Aix les Bains et Chambéry ne peut se concevoir que si les deux agglomérations s'y impliquent.
Si on ignore pourquoi D.Dord n'est pas intervenu comme cela était prévu, on sait en revanche pourquoi ni Bernadette Laclais ni Louis Besson n'étaient présents : ils étaient l'un et l'autre
retenus par une réunion concernant le projet ferroviaire Lyon-Turin. Réunion prévue de longue date, et inscrite dans leur agenda avant même que la décision d'organiser ce colloque ne soit
prise.
Il me semble pourtant me souvenir que c'est bien Dominique Dord et Renaud Beretti qui, pendant la récente campagne électorale, avait appelé de leurs voeux une meilleure coopération entre les deux
agglomérations. Un concept qu'ils ont visiblement un peu de mal à intégrer dans la réalité, en n'étant même pas fichu d'organiser leur colloque à une date à laquelle les représentants chambériens
soient disponibles. A moins qu'ils n'aient même simplement pas pris la peine de les contacter préalablement ...
10 à 20 millions d'euros le kilomètre !
Et à part ça, que retenir de ce colloque. Je vous l'ai déjà dit, il était à mon goût assez intéressant sur le fond. Notamment l'intervention de Pascal Godon, patron de la SEM qui gère les
transports publics de Toulouse, et qui a également piloté la réalisation du tramway de Rouen.
Histoire de baliser un peu le parcours, voici quelques éléments qui me semblent intéressant à retenir.
D'abord le coût d'un tel projet : de l'ordre de 20 millions d'euros par kilomètre. C'est le coût moyen pour des projets entièrement réalisés en milieu urbain. Un coût totalement incompatible avec
le projet Aix / Chambéry, lequel comporte une grande part de son tracé en milieu extra-urbain, et avec des perspectives de fréquentation insuffisantes pour espérer générer une rentabilité.
Les représentants de la société Alstom ont beau eu nous indiquer que ce type de projet constitue pour leur société un axe de développement important, à condition de trouver des solutions pour
réduire les coûts, on voit bien que le projet est quelque peu pharaonique. Car avec un total de 50 km de ligne dans le projet global, même si Alstom (ou un autre prestataire) arrive à diviser ses
coûts par deux (ce qui n'est tout de même pas rien), cela nous ferait au final un budget de 500 millions d'euros (1 milliard d'euros avec les coûts moyens actuels).
Et si on se limite à "l'essentiel", c'est à dire sans les extensions au nord vers Albens, et au sud vers Montmélian, on est sur des budgets de 250 à 300 millions (en prenant en compte des coûts
réduits de moitié par rapport à la moyenne actuelle, et donc de 500 à 600 millions d'euros en tenant compte des coûts moyens actuels).
Et tout ceci sans prendre en compte les coûts liés à l'éventuelle reconstruction de la ligne à Crémaillère du Revard.
Autant vous dire que ça refroidit un peu.
Le Partenariat Privé Public, une fausse bonne idée ?
Pour réchauffer un peu l'atmosphère et redonner espoir à l'assistance, Renaud Beretti s'est alors fendu d'une intervention remarquée pour rappeler que ce projet, Dominique Dord ne le concevait
pas autrement qu'au travers d'un financement à la fois public et privé, avec une répartition à hauteur de 1/3 et 2/3.
Ce qui offrit une magnifique transition à Alstom pour nous présenter tous les bienfaits présumés du principe du PPP (partenariat privé public) en concession. Un moment un peu technique et ardu,
qui à valu à l'intervenant d'Alstom de se faire gentiment prié d'accélérer son intervention, car une bonne partie du public avait décroché et certains quittaient prématurément la salle.
Bien évidemment, pour Alstom comme pour les représentants de la mairie d'Aix, le PPP en concession, c'est LA solution qui règle tout, y compris le "léger" problème de financement.
Une vision quelque peu idyllique, déclinée pendant près d'une demi-heure, mais que l'intervenant toulousain a cassé en deux temps trois mouvements, au grand dam d'Alstom et des adjoints aixois
présents.
Mr Godon a en effet rappelé que si le PPP est une facilité très intéressante pour les collectivités, en les déchargeant des aspects de gestion et de suivi du projet, au final, d'un point de vue
strictement financier, l'addition reste la même, et l'investissement public supporté par la collectivité n'est en rien réduit.
Et d'enfoncer un peu plus le clou en rappelant que Toulouse a réalisé son métro grâce à un système PPP, lequel a été dénoncé et transformé en marché public classique (loi MOP) trois années après
son début. Un virage à 180° s'expliquant par une étude de la cour des comptes qui exposait qu'en l'espèce, l'agglomération de Toulouse s'était fait proprement grugé par le concessionnaire du
contrat PPP, et que la mise en place de marchés publics classiques serait bien plus économique.
Ce qui fut fait. Et depuis, tous les chantiers de transport collectif de Toulouse sont fait en financement 100% public via des marchés publics classiques, et visiblement l'agglomération ne s'en
porte pas plus mal.
Et pour finir ...
Un mot encore sur le jeu de questions / réponses avec le public, lequel jeu semblait assez emprunt d'une mise en scène bien réglée. Car à l'exception de l'inévitable Pascal Sacau, bien connu des
aixois, toutes les personnes du public qui ont pu s'exprimer étaient des représentants de sociétés ou groupement divers et variés, sans aucun rapport avec Aix les Bains, et posant des questions
sans rapport réel avec le projet objet du colloque.
Et pour conclure, comment ne pas vous signaler que les deux adjoints aixois présents n'ont rien trouvé de mieux que de quitter la scène avant la fin du colloque, là encore sans une explication ni
un mot d'excuse. Il est vrai qu'ils sont eux aussi un peu multi fonction, et que leur agenda en supporte les conséquences.
Encore que, ce serait plutôt les aixois qui en supportent les conséquences ...